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Ma première fic Harry Potter, écrite après avoir lu le tome 5. Une histoire de style "Comment Lily a cessé de détester James".


Titre: Change of Heart (version française)
Auteur: Cybèle Adam
Fandom: Harry Potter
Pairing: Lily/James
Rating: K+ (PG)
Statut: Entièrement écrit/traduit

Disclaimer: Le monde sorcier appartient à J.K. Rowling, ainsi que les personnages principaux et certains des autres. Je ne fais que les emprunter pour m'amuser; ça ne me rapporte pas un centime.




Chapitre 1 – La lettre

C'était en août, une vingtaine de jours avant la fin des vacances d'été. Quand sa mère vint lui dire qu'un hibou l'attendait dans le salon avec une enveloppe en parchemin qu'il refusait de donner à qui que ce soit d'autre, Lily pensa qu'il s'agissait probablement de sa liste de livres pour l'école – la dernière, puisqu'elle était sur le point d'entrer en septième année à Poudlard. Cette idée la rendait déjà un peu mélancolique. Elle avait du mal à croire que six ans s'étaient écoulés depuis son premier voyage à bord du Poudlard Express et se doutait que le mois de juin arriverait de nouveau trop vite. Plus que jamais, en fait. Cette année ne serait qu'une longue suite de dernières fois : dernières retrouvailles avec ses amies sur le quai de la voie Neuf Trois-Quarts, dernière Cérémonie de Répartition, dernière fête d'Halloween, dernières décorations de Noël, dernières visites à Pré-au-Lard... mais, avant tout cela, derniers achats sur le Chemin de Traverse.

Elle prévoyait déjà de s'arranger un rendez-vous là-bas avec Iona Stonewall et Sandra Griffin pour faire les boutiques entre amies quelques jours plus tard quand elle prit la lettre apportée par le hibou et vit qu'elle ne venait pas de Poudlard.

De l'encre bleu... Lily s'attendait tellement aux habituels mots tracés à l'encre verte par la plume ensorcelée du professeur McGonagall qu'elle regarda fixement la lettre pendant plusieurs secondes en se demandant qui pouvait bien lui écrire en bleu, comme s'il s'agissait de la couleur la plus bizarre dont on puisse penser à se servir.

Iona écrivait toujours en mauve – et, de toute façon, cette écriture ne ressemblait pas du tout à la sienne. Elle était beaucoup plus lisible. Celle d'Iona n'avait presque pas changé en six ans : elle était toujours tellement enfantine que même Lily, qui y était pourtant habituée, avait parfois encore du mal à la déchiffrer.

- Quelque chose ne va pas, ma chérie ?

Percevant une note d'inquiétude dans la voix de sa mère, Lily se rendit soudain compte qu'elle fronçait les sourcils, les yeux toujours fixés sur les lettres bleues.

- Non, Maman, ce n'est rien. Je suis seulement surprise. Je n'avais jamais reçu de hibou qui ne soit ni d'Iona ni de Poudlard, et je n'ai aucune idée de qui a bien pu m'envoyer celui-ci.

- Eh bien, tu n'as qu'à lire la lettre pour le savoir !

Mrs Evans souriait, maintenant. Mais Lily n'était pas sûre qu'elle ait raison de penser qu'il n'y avait finalement pas de quoi s'inquiéter. Elle répondit d'un hochement de tête un peu distrait puis, les sourcils de nouveau froncés, elle retourna dans sa chambre et s'assit sur son lit, pensive.

Cette écriture lui rappelait quelque chose... mais quoi ? Ce n'était pas celle d'Iona – aucun doute là-dessus – et Sandra ne lui écrivait jamais : née Moldue elle aussi, elle préférait téléphoner. D'ailleurs, ce n'était pas non plus son écriture.

Alors qui ? Mrs Evans avait raison, bien sûr : Lily pourrait avoir la réponse en ouvrant simplement l'enveloppe. Mais la conviction qu'elle aurait dû être capable de deviner l'empêcha de suivre cette suggestion logique. Ce serait un peu comme de tricher à un jeu . Pas question. C'était un défi à sa mémoire et il fallait qu'elle trouve toute seule.

Elle se mit donc à dresser mentalement une liste de tous les gens qu'elle avait déjà vus écrire à l'école. Au moins, puisque la lettre était arrivée par hibou, il était impossible qu'elle vienne de quelqu'un qu'elle aurait rencontré ailleurs. C'était déjà un indice.

Elle était sur le point d'admettre que ce petit jeu devenait une vraie perte de temps quand un nouveau nom lui vint à l'esprit. Un nom auquel elle n'aurait jamais pensé si elle avait continué à chercher l'auteur de la lettre parmi les gens les plus susceptibles d'avoir quelque chose à lui dire. C'était peut-être...

Mais non, ça ne pouvait pas être lui ! Il n'avait aucune raison de... Il n'oserait quand même pas !

Elle ouvrit enfin l'enveloppe, la déchirant même dans sa hâte de vérifier ses soupçons en regardant la signature. Mais ce fut inutile. Elle n'eut plus aucun doute dès qu'elle vit la première ligne.

Chère Evans - Lily,

Qui d'autre que James Potter pourrait l'appeler ainsi ?

En fait, beaucoup d'autres garçons avaient l'habitude d'utiliser les noms de famille de tout le monde en dehors de leurs amis les plus proches, mais il était le seul qu'elle puisse imaginer ajoutant "Lily" juste après, comme pour dire "J'ai décidé qu'il était temps de laisser tomber les formules distantes". Et cette écriture ressemblait bien à la sienne, pour autant qu'elle s'en souvienne.

Il ne lui avait jamais écrit, bien sûr, mais, un jour, elle avait vu un devoir qu'il avait oublié sur une table dans la salle commune de Gryffondor... et il était étonnamment lisible. Jusque là, elle avait toujours eu l'impression qu'aucune écriture de garçon ne pouvait être soignée, parce que la plupart d'entre eux se moquaient bien de la présentation de leur travail. Mais celle de James était très jolie. Comme ça l'avait frappée, elle en gardait un souvenir assez précis. Après tout, c'était la seule chose relative à cette espèce de nuisible qu'elle ait jamais appréciée.

Mais de quel droit lui écrivait-il ? Il savait bien, pourtant, qu'elle le détestait ! Ou alors, s'il n'avait pas encore compris, c'est qu'il était incroyablement stupide, excellent élève ou non.

Chère Evans - Lily,

Non mais, vraiment ! Elle avait bien envie de déchirer la lettre et de la jeter sans rien lire de plus, mais la curiosité l'emporta sur la colère. Aussi furieuse qu'elle soit, elle voulait quand même savoir de quoi il parlait. Juste pour trouver de nouvelles raisons de le haïr. Ou, du moins, ce fut l'excuse qu'elle se trouva.

Tu penses probablement que je ne devrais pas t'appeler Lily, mais je ne peux tout simplement pas t'appeler Evans dans une lettre comme celle-ci. Je ne peux pas employer un nom aussi impersonnel dans une lettre aussi personnelle. (Il avait donc l'intention de lui raconter sa vie ? Eh bien, ça promettait d'être passionnant !) Je dis "Evans" devant les autres parce que c'est comme ça qu'ils s'attendent à ce que je t'appelle, mais quand je pense à toi, tu es toujours Lily. Et j'ai pensé à toi tout l'été... (Mais bien sûr ! Très convaincant !) Non, en fait, je pense à toi depuis plus d'un an, mais j'ai dit "tout l'été" parce que c'est vraiment chaque instant de chaque jour depuis la dernière fois que je t'ai vue, il y a une éternité - du moins c'est l'impression que j'ai - à la gare de King Cross. (De mieux en mieux... Et il pensait lui faire croire ça ?) Je revois encore ce regard agacé que tu m'as lancé en réponse à mon au revoir. Et je ne peux plus le supporter.

Lily faillit s'étouffer d'indignation. Alors ça, c'était trop fort ! Lui reprocher quelque chose, à elle, alors qu'il était la personne la plus insupportable qu'elle ait jamais rencontrée !

Mais elle ne déchira toujours pas la lettre. Il fallait qu'elle sache ce qui suivait - juste pour voir si le deuxième paragraphe était aussi ridicule que le premier, bien entendu.

Je crois qu'il faudrait qu'on parle - vraiment parler, je veux dire, pas se disputer comme on le fait d'habitude. Parce que ça ne peut pas durer éternellement, n'est-ce pas ? ("Ce n'est pas moi que ça dérange, Potter !" souffla Lily, qui regrettait de ne pas l'avoir en face d'elle pour l'envoyer promener convenablement.) Je sais que tu ne m'aimes pas ("Alors ça, c'est l'euphémisme de l'année !") et je reconnais que c'est probablement ma faute.

Lily fut obligée de relire la phrase deux fois pour se convaincre qu'elle ne rêvait pas. James Potter admettant ses torts ? Impossible !

Pourtant il n'y avait aucun doute : il avait bien écrit ces mots incroyables. Et plus encore :

Je me comporte comme un imbécile quand tu es là, je m'en rends compte. Je n'en avais pas conscience au début mais maintenant... Eh bien, je dois avoir l'air d'un horrible m'as-tu-vu, non ? ("Oh oui !" s'exclama Lily à voix haute avec un petit gloussement amusé qui la surprit.) Pas la peine de répondre. Je t'entends d'ici : tu as pensé "Oh oui !", n'est-ce pas ? (Lily éclata carrément de rire, cette fois. Elle n'était même plus fâchée.) Et tu as raison. Je suis terriblement m'as-tu-vu, parfois. ("Parfois ?") J'aime qu'on m'admire, je l'avoue. Que les filles m'admirent, surtout. Mais le problème, c'est que ça n'a jamais marché avec toi. J'aurais dû le savoir. Tu n'es pas comme les autres. J'ai fait toutes ces choses stupides pour t'impressionner et résultat... tu me méprises, hein ? ("Tiens, qu'est-ce qui te fait penser ça ?") Pas la peine de répondre à ça non plus. Tu me l'as déjà dit. Un tas de fois. Et ça fait mal. Je déteste le dire mais je me suis promis d'être honnête alors oui, je l'avoue : ça fait mal. Parce que moi, je t'aime beaucoup. ("Génial !") Je veux dire... Je t'aime vraiment beaucoup... Et même... Je suppose que je t'aime, en fait.

- Quoi ?

Sous le choc de ce qu'elle venait de lire, Lily ne savait même pas si elle devait rire à nouveau ou hurler d'indignation. La seule chose dont elle soit sûre était que James Potter ne manquait pas de culot. Ce n'était pas nouveau, bien sûr, mais là, il dépassait vraiment les limites.

Pensait-il sérieusement qu'elle était assez stupide pour ne pas avoir de soupçons ? Après tout, elle l'avait vu avec au moins une demi-douzaine de filles pendant l'année scolaire précédente. Maintenant, il s'était probablement lassé de ces petites idiotes qui gloussaient sur son passage et le regardaient avec une admiration sans bornes juste parce qu'il n'avait pratiquement jamais perdu un match de Quidditch. Ils pouvaient sortir avec n'importe laquelle d'entre elles quand il voulait, et il ne s'en privait certainement pas. Alors elles avaient fini par ne plus l'intéresser, et il avait décidé de s'attaquer à un autre genre de filles, pour changer. Ou peut-être était-ce un pari qu'il avait fait avec ses amis. Quoi qu'il en soit, cette lettre était complètement absurde.

Lily lut les dernières lignes machinalement, en se demandant toujours comment James avait pu imaginer qu'elle croirait à tout cela.

Je ne sais pas si ça a un sens, de dire qu'on aime quelqu'un qui vous déteste, mais je ne peux pas cesser de penser à toi et ça n'était jamais arrivé avec une autre avant... C'est très bizarre. Et triste, aussi, parce que tu refuses même de m'adresser la parole. ("Oh, pauvre petit chou !") Moi, je voudrais te parler. Je voudrais qu'on mette les choses au point pour ne plus avoir à supporter une autre année de regards furieux et de mots blessants. ("Et c'est reparti ! A croire que tout est de ma faute !") Je t'en prie, laisse-moi une chance. Laisse-moi te prouver que je ne suis pas seulement le sombre crétin que tu penses que je suis. ("Ah ? Tu es quoi, alors ?") Et sors avec moi, tu veux ? (Soupir. Ne cesserait-il donc jamais ?)

A bientôt dans le Poudlard Express. ("Hélas!") Je t'embrasse. (Sans commentaire.)

James

Bien. Maintenant, il fallait qu'elle trouve une réponse qui lui ferait comprendre à quel point elle était choquée et fâchée. Ou peut-être qu'elle ne devrait pas répondre du tout, parce qu'il ne méritait pas le moindre mot.

Elle n'arrivait pas à décider. Il lui semblait qu'un silence plein de dignité aurait plus d'impact que tout ce qu'elle pourrait écrire, mais son caractère emporté lui donnait plutôt envie de lui balancer une autre de ses célèbres répliques cinglantes. Comme la première fois qu'il lui avait demandé de sortir avec lui et qu'elle avait répondu non, jamais, même pas si elle n'avait le choix qu'entre lui et le Calmar Géant.

Ses amies étaient écroulées de rire en entendant ça, mais elles ne comprenaient pas vraiment. Et la soeur cadette d'Iona était, elle, sortie avec James quelque mois plus tard. Lily ne lui avait pas beaucoup parlé depuis. Elle n'était pas restée avec lui plus de trois ou quatre semaines, mais ce n'était pas la question. Leda Stonewall était simplement tombée dans l'estime de Lily à l'instant où elle était devenue la petite amie de James Potter, et le fait qu'elle ait cessé de l'être ne pouvait rien y changer. Après tout, si tout n'avait tenu qu'à d'elle, elle le serait sans doute toujours. Et elle n'avait même pas assez de bon sens pour lui reprocher d'avoir jouer avec son coeur - probablement parce que son coeur n'avait pas grand-chose à voir là-dedans. Elle était seulement fière d'avoir pu se montrer avec lui, la star de Quidditch...

- Eh bien, la star de Quidditch va bientôt apprendre qu'il ne peut pas gagner à tous les coups ! se promit Lily. Il est grand-temps que quelqu'un lui remette les pieds sur terre.

~ * ~

Ces mots, quand elle les répéta à Iona et Sandra tandis qu'elles mangeaient des glaces à la terrasse de la boutique de Florian Fortescue, déclencha leur premier fou-rire de l'année.

Lily n'était pas vraiment d'humeur à rire, mais elle était tout simplement incapable de rester sérieuse quand ses amies ne l'étaient pas.

C'était presque toujours la même chose : des mots que Lily prononçait sans intention d'être drôle, l'habituel sourire amusé de Sandra, Iona qui lui demandait ce qui la faisait sourire ainsi et puis cet inimitable rire en cascade au moment où elle comprenait - la plupart du temps avant que les autres aient le temps d'expliquer.

Il n'y avait que Sandra pour comprendre (ou plutôt imaginer) l'humour involontaire de Lily, et Iona pour les faire pleurer de rire pour un détail aussi insignifiant.

Tout le monde les regardait, maintenant, et se demandait probablement qui étaient ces trois folles qui faisaient tant de bruit. Ou peut-être savaient-ils tous et n'étaient-ils même pas surpris. Surtout les Gryffondors qui avaient si souvent été réveillés en sursaut au milieu de la nuit au cours des six dernières années quand la même chose se produisaient pendant les longues conversations qu'avaient les Trois Rieuses Folles jusqu'à des heures indues dans leur dortoir.

- C'est tellement... approprié... pour quelqu'un qui est toujours... en train de faire le malin... sur un balai, hoqueta Iona entre deux hurlements de rire. J'i... j'imagine... Lily... qui lui foncerait dessus... comme un taureau... pour le faire tomber de son balai !"

- Je ne crois pas que ce serait ses pieds qui toucheraient le sol en premier, dans ce cas-là ! parvint à faire remarquer Sandra d'une voix faible.

Elle arrivait à peine à respirer, et Lily était dans le même état. Elles essayaient d'être plus discrètes que Iona et finissaient toujours par avoir des points de côté.

- Du calme, par pitié ! implora Lily comme le rire sonore de Iona résonnait plus fort que jamais.

- Oui, Io, je t'en prie, arrête - tu vas nous tuer, là ! ajouta Sandra.

Mais ce n'était pas ce qu'avait voulu dire Lily.

Un groupe de Poufsouffles de quatrième année occupait la table à côté et les deux filles étaient des "fans" de James, bien qu'elles soient également respectivement soeur et cousine de Phoebus Garland, l'Attrapeur de leur Maison.

Lily était convaincue que, si elles l'entendaient se moquer de leur "idole", elle le répéterait à toute l'école. Et elle ne voulait pas qu'il sache avant d'avoir l'occasion de lui jeter à la figure les mots les plus méchants qu'elle puisse trouver. Devant ses amis. Et devant le plus de monde possible. Ce serait beaucoup mieux qu'écrire, et même mieux que de l'ignorer toute l'année. Il comprendrait peut-être enfin ce que c'était que d'être humilié publiquement, et cesserait de tourmenter Severus Snape... Même si Lily ne considérait plus le Serpentard comme un ami – elle n'aimait vraiment pas les gens avec qui il traînaient, et surtout il l'avait trop blessée quand il l'avait traitée de Sang-de-Bourbe alors qu'elle venait de prendre sa défense -, l'attitude de James Potter était indigne d'un Gryffondor, et elle ne le laisserait pas entacher l'honneur de leur Maison sous prétexte que les Serpentards seraient tous des sorciers maléfiques en puissance.

Et maintenant il y avait aussi cette lettre. Elle l'avait prise comme une insulte, parce que James devait penser qu'elle était complètement stupide, s'il croyait qu'une telle manoeuvre pourrait fonctionner. Plus elle y pensait, plus elle avait envie de ponctuer d'une bonne gifle son futur discours.

Au moins, elle avait enfin complètement repris son sérieux. Elle devait même avoir l'air très fâchée, car Iona cessa subitement de rire à l'instant où leurs regards se croisèrent.

- Oh, qu'est-ce qui se passe, Lily ? demanda-t-elle, tandis que Sandra les regardait toutes les deux d'un air interrogateur.

- C'est à cause de... commença Lily.

Elle jeta un coup d'oeil en direction des deux filles de Poufsouffle, qui semblaient de nouveau en grande conversation avec leurs amis, et poursuivit un ton plus bas :

- Vous savez bien, c'est à cause de lui. J'allais vous le dire, d'ailleurs. J'ai une bonne raison - je veux dire une nouvelle raison - de penser qu'il est de temps de... euh...

- Le faire tomber de son balai ? suggéra Sandra avec un autre de ses fameux sourires.

Iona gloussa.

- Ah non ! Ne recommence pas, s'il te plaît ! C'est vraiment important. Il...

Lily ne termina jamais la dernière phrase. Les autres suivirent la direction de son regard et virent la soeur de Iona qui arrivait en compagnie de son amie Cybela Malkin, une Serdaigle de sixième année comme elle.

- Hé ! Vous auriez pu nous attendre ! s'exclama Leda d'un ton faussement réprobateur.

Cybela et elle prirent deux chaises restées vides à une autre table pour se joindre aux trois Gryffondors, certaines que ça ne les dérangerait pas.

Comment auraient-elles pu deviner ? Malgré ce que Lily pensait de Leda depuis le jour où celle-ci avait accepté de sortir avec James Potter, les cinq jeunes filles passaient toujours beaucoup de temps toutes ensemble. Comme Iona et Leda étaient soeurs, Lily ne voulait pas les séparer pour la seule raison qu'elle était en désaccord avec la plus jeune à propos d'un garçon. Et puis elle n'avait rien contre Cybela. Alors elle se contentait d'éviter d'émettre le moindre commentaire quand Leda mentionnait le nom de son ancien petit ami.

Cette fois, pourtant, elle aurait vraiment préféré ne pas les voir. Surtout quand Cybela demanda pourquoi elle riait si fort.

- On vous a entendues depuis chez l'apothicaire ! affirma Leda.

- Comment auriez-vous pu ne pas entendre ? commenta Sandra. Je parie que tout le Chemin de Traverse sait que Iona est ici, maintenant !

- Ma chère soeur est affreusement bruyante, approuva Leda. Et elle est très mal élevée, sinon elle n'aurait pas commencé à manger sans moi !

Sur ce, elle attrapa le bol de glace (à moitié fondue) de Iona.

- Et elle ose prétendre que c'est moi qui suis mal élevée ! s'indigna celle-ci en donnant une petite tape sur la main de sa soeur pour lui faire lâcher la cuillère.

Tout le monde rit.

- Tenez-vous correctement, les filles ! La nouvelle Préfète en Chef vous regarde, rappela Cybela aux deux soeurs.

Lily sourit et répondit qu'elle préférait éviter d'intervenir dans des querelles de famille, du moment qu'il ne s'agissait que de crèmes glacées.

Elle avait reçu son badge trois jours plus tôt avec sa lettre de Poudlard. Ses parents étaient très fiers - et elle aussi, bien sûr. Les autres Préfètes venaient toutes de familles de sorciers, et c'était donc un double honneur d'avoir été choisie. Elle espérait seulement ne pas avoir l'air trop fière. Pétunia prétendait que c'était le cas, parce qu'elle avait épinglé le badge sur son t-shirt pour le montrer à leurs parents et ne l'avait pas enlevé de toute la journée. Mais les méchantes remarques de Pétunia importaient peu. La pauvre était si visiblement jalouse de l'attention particulière que leurs parents accordaient à Lily depuis six ans qu'elle avait fini par détester tout ce qui avait le moindre rapport avec le monde de la magie, même ce titre de Préfète en Chef que Lily aurait aussi bien pu obtenir dans une école ordinaire.

Lily n'avait pourtant pas mis son badge ce jour-là, même s'il aurait été assez normal qu'elle le fasse puisqu'elle portait sa robe de Poudlard. Elle tenait à tout prix à éviter le risque que quelqu'un pense qu'elle cherchait à se faire remarquer, comme James Potter en avait la sale habitude. Elle n'osait même pas l'imaginer avec un badge de Préfet en Chef. Heureusement, ça ne pouvait pas arriver, puisqu'il n'était pas Préfet. D'ailleurs, qu'il le soit aurait été vraiment ridicule. D'après le professeur McGonagall, Sirius Black et lui étaient les pires fauteurs de trouble que Poudlard ait jamais connus. Mais le professeur de Métamorphose les aimait bien quand même, ce que Lily n'arrivait pas à comprendre. Une femme aussi stricte et sérieuse n'aurait jamais dû pouvoir supporter deux élèves qui perturbaient ses cours si souvent. Mais comme ils avaient toujours d'excellentes notes... De plus, il était de notoriété publique que le professeur portait un grand intérêt à l'équipe de Quidditch de sa Maison. Sans l'agacement qu'elle ressentait toujours à voir cet imbécile de Potter se donner en spectacle, Lily aurait encore trouvé très amusant d'assister aux matchs pour entendre les véhémentes protestations de Minerva McGonagall à chaque tricherie de l'équipe adverse.

- Oh, cet air va terrifier les première années ! s'exclama Sandra.

Comme elle pensait à James, Lily avait en effet prit une expression renfrognée apparemment très drôle pour ses amies.

- J'aimerais bien que ça marche sur quelqu'un d'autre, si tu vois ce que je veux dire... chuchota-t-elle à Sandra.

Leda et Cybela étaient concentrées sur le choix des parfums de glace qu'elles allaient commander et Iona aussi regardait le menu, visiblement tentée de prendre une deuxième coupe.

Un instant plus tard, comme Lily s'y attendait, elle demanda si les autres en voulaient une aussi.

- Je n'ai même pas encore fini celle-ci ! répondit Sandra en riant (elle aussi, sûrement, s'était attendue à ce que Iona pose cette question). Et je ne crois pas que je pourrai en manger plus pour le moment.

- Moi non plus, dit Lily. Alors, si ça ne vous dérange pas, je retourne faire les boutiques. Tu viens, Sandy ? Quand tu auras fini ta glace, bien sûr. Je dois acheter un cadeau pour l'anniversaire de mon père, et j'ai besoin de conseils.

En réalité, Lily savait parfaitement quoi acheter pour son père. Mais elle avait bien besoin de conseils. A propos de la lettre de James.

~ * ~

- J'arrive pas à le croire ! s'exclama Sandra.

- T'es pas la seule, soupira Lily.

Elles étaient assises sur un banc près de chez Ollivander. Ce n'était certes pas l'endroit idéal pour une conversation privée, mais c'était le mieux qu'elles puissent trouver sans sortir du Chemin de Traverse. Ce banc avait au moins l'avantage d'être situé suffisamment loin du glacier pour que les autres ne voient pas qu'elles n'étaient pas dans une boutique.

- Qu'est-ce que tu comptes faire ? interrogea Sandra en rendant la lettre à son amie.

Lily resta silencieuse pendant plusieurs secondes. Si elle avait déjà pris une décision, elle n'aurait pas laissé Sandra lire ce ramassis de stupidités censé s'apparenter à une lettre d'amour.

- Tu crois qu'une Préfète a le droit de frapper quelqu'un s'il lui a sérieusement manqué de respect ? demanda-t-elle finalement.

Elle faillit ajouter "Pas la peine de répondre - je le sais", mais elle ne le fit pas, pensant qu'elle donnerait trop l'impression de citer la formule de James.

De toute façon, Sandra ne répondit pas vraiment. Elle la regarda d'un air déconcerté et posa une autre question :

- Tu veux dire que... tu ne le crois pas ?

- Quoi ?

La surprise de Sandra n'était rien comparée à celle de Lily. La jeune fille aux cheveux roux était aussi stupéfaite que si elle venait de voir Sirius Black serrer la main de Severus Snape. Ou d'entendre James Potter admettre qu'il n'était pas le seul bon joueur de Quidditch de l'école.

Elle n'avait jamais pensé que Sandra - ou Iona, ou n'importe qui d'autre - pourrait ne pas partager son avis. Elle ne le voyait même pas comme un avis, d'ailleurs. Elle pensait que c'était une évidence. Mais, visiblement, ce n'était pas si évident que ça pour Sandra.

- Tu ne peux pas croire qu'il pense sincèrement tout ça, quand même ?

- Euh... Je croyais que ton problème, c'était que tu ne savais pas quoi répondre, expliqua Sandra. J'imagine que tu ne veux toujours pas sortir avec lui, mais tu ne peux pas le dire de la même façon que d'habitude parce que tu ne voudrais pas blesser quelqu'un intentionnellement, n'est-ce pas ?

Lily leva les yeux au ciel.

- Alors tu n'écoutais même pas quand j'ai dit que j'avais une nouvelle raison de le détester ?

Sandra parut de nouveau surprise.

- En fait... si, j'écoutais, mais j'ai oublié quand j'ai lu sa lettre. C'est tellement... touchant !

Elle avait prononcé le dernier mot d'une voix hésitante, comme si elle s'attendait à ce que Lily se mette à hurler - et c'était probablement le cas.

Mais il y avait des gens tout autour et Lily savait qu'elle devait éviter d'attirer l'attention.

- Touchant ? répéta-t-elle en s'arrangeant pour mettre dans ce simple mot pratiquement murmuré un peu de l'incrédulité, de l'indignation et du mépris qu'elle ressentait à l'idée de ce que James s'était permis de lui écrire. Oh, il s'est bien débrouillé, c'est vrai, mais ce ne sont que des mensonges. Les gens comme lui ne connaissent même pas la signification du mot 'aimer'.

- Il ne prétend pas la connaître, remarqua Sandra.

- Ah non ?

Lily réfléchit un instant. Qu'avait-il écrit, exactement ? "Je ne sais pas si ça a un sens, de dire qu'on aime quelqu'un qui vous déteste"... Et, plus loin, "C'est très bizarre".

- D'accord, il ne dit pas qu'il sait, reconnut Lily. Mais il essaie de me piéger avec de belles paroles et je le déteste pour ça plus que pour tout ce qu'il a pu dire ou faire auparavant. Crois-moi, je vais m'arranger pour qu'il le sache !

- - -


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